24.11.2008

PS : les royalistes posent un ultimatum

 

Le ton est monté d'un cran supplémentaire lundi soir au Parti socialiste : «Nous donnons jusqu'à mardi 14 heures à la commission de récolement pour prendre en compte nos remarques, a déclaré François Rebsamen, un proche de Ségolène Royal. Faute de quoi nous saisirons la justice et appellerons à une manifestation» devant le siège du parti rue de Solférino, à Paris. 

Après avoir offert en spectacle, durant deux jours, ses divisions, ses haines et ses soupçons de tricherie, le Parti socialiste est passé à la phase de la calculette. La «commission de récolement» a débuté ses travaux ce lundi vers 09 h 45 pour contrôler  les réclamations et accusations des camps Royal et Aubry. Mais les rivalités plus vives que jamais se sont réinvitées sur la scène médiatique, lundi soir.

La bataille des chiffres s'aggrave

Tout a recommencé vers 17 heures, lorsque Kader Arif, secrétaire national des fédérations, a annoncé que l'examen des recomptages était suspendu jusqu'à 14 heures mardi. Alors que le camp royal fait état de 40 fédérations à litiges, sur un total de 105, le camp adverse sous-entend qu'il n'en est rien. Dans la journée, Daniel Vaillant, le président de la commission, avait déjà contesté ce chiffre de façon lapidaire. 

«Les griefs, les réclamations, les erreurs administratives, portent sur très peu de fédérations», explique plus clairement Kader Arif, en annonçant la suspension. Pour le député Bruno Le Roux, qui remplaçait quelques heures Daniel Vaillant, «dans la grande majorité des fédérations, pour ne pas dire la quasi-totalité, le vote s'est passé de façon incontestable.» 

«C'est bien dommage», a d'abord déclaré Ségolène Royal sur Canal+, en se demandant comment elle allait pouvoir boucler ses contrôles «dans un laps de temps si court». François Rebsamen,  le maire de Dijon, numéro 2 sortant du PS, a exigé que cette commission, qui s'est réunie lundi et doit le faire à nouveau mardi à 14 heures, se saisisse du cas de scrutins à Lille et en Guadeloupe, dans lequel il y a eu, selon lui, «manipulations». C'est dans ce cadre, qu'il a posé un ultimatum.

Ce soir, Daniel Vaillant, Bruno Le Roux et des représantants du camp royal sont en réunion avec les permanents des fédérations pour leur demander d'éventuelles précisions. Le rapport sera remis mardi à la commission de récolement.



Une sorte de «tribunal administratif» interne

Dirigée par le député Daniel Vaillant, un proche de Lionel Jospin, avec pour rapporteur Philippe Bonnefoy, la «commission de récolement» comprend trois mandataires de chaque camp, avec, en observateur, un représentant de l'eurodéputé Benoît Hamon, éliminé du second tour. Au cours d'une courte apparition devant le siège du PS rue de Solférino, le député du Doubs, Pierre Moscovici a appelé à une sortie de crise «par le haut» invitant les deux camps à éviter les «réglements de compte judiciaires».

La «commission de récolement» sorte de «tribunal administratif» interne au PS doit ensuite établir un rapport, qui sera à son tour examiné par le Conseil national mardi soir. Selon le premier secrétaire sortant, François Hollande, c'est ce parlement du PS, où les amis de Ségolène Royal ne «pèsent» que 30%, qui décidera en dernière instance: «Il va se prononcer sur le résultat et désigner la prochaine première secrétaire». De leur côté, les proches de Ségolène Royal assurent que celle-ci est prête à contester le résultat de l'élection par «tous les moyens politiques, juridiques et judiciaires». 

La menace d'une saisine de la justice

Avec des annonces de plaintes de part et d'autre, la lutte intestine pour le leadership pourrait en effet se déplacer  sur le terrain judiciaire. Dès dimanche, Manuel Valls a ainsi annoncé l'intention de son camp de déposer une plainte pour «faux en écriture» sur le résultat d'une section lilloise, fief de Martine Aubry. La réaction des aubrystes ne s'est pas faite attendre : l'annonce d'une plainte en diffamation contre Manuel Valls.

Jean-Pierre Mignard, avocat et proche de Mme Royal, avait suggéré samedi la constitution d'un «jury de médiation, de conciliation» qui pourrait être composé de «trois personnalités reconnues pour leur grande intégrité morale et leur compétence juridique». Il a cité l'ancien ministre socialiste de la Justice Robert Badinter, actuellement sénateur. Ces trois personnalités seraient chargées de dénouer la situation, les deux camps s'engageant à respecter leur décision, a ajouté Me Mignard. Mais l'avocat, fidèle soutien de ségolène Royal, n'a pas écarté une saisine plus gobale de la justice contre les résultats.

La bataille des chiffres

Les accusations de «tricheries» ou «erreurs» remettent en cause les résultats du vote des militants de vendredi. Selon un décompte proclamé samedi par la direction, à l'issue d'une nuit de bruits et de rumeurs, Martine Aubry a devancé l'ex-candidate à la présidentielle de 42 voix, sur 134.784 suffrages exprimés, soit 0,03%.

Dimanche, les royalistes Manuel Valls (sur Canal +) et Vincent Peillon (sur RCJ) ont réclamé un troisième tour «incontestable». De leur côté, les présidents socialistes de huit régions, dont Jean-Paul Huchon (Ile-de-France) et Martin Malvy (Midi-Pyrénées) ont apporté dimanche leur soutien à Martine Aubry.

Parmi les litiges dénoncés, le plus spectaculaire a été, en Gironde, une mauvaise retranscription au détriment de Martine Aubry, selon son mandataire. L'erreur a été rectifiée d'un commun accord, selon le PS local. De Guadeloupe, Moselle, Nouvelle-Calédonie, de Lille sont aussi venues des dénonciations d'«anomalies», des demandes croisées de corrections. 

Bayrou appelle les sympathisants socialistes à rejoindre le MoDem

Concernant la situation du PS, François Bayrou a affirmé dimanche «se sentir la responsabilité d'offrir un espoir, des idées, et un rassemblement possible à ces millions de Français qui cherchent et ne trouvent plus et s'en désespèrent», jugeant que le Parti socialiste était «au bout de 40 ans d'existence, en bout de cycle».

Proposant l'idée d'un «rassemblement» avec son parti, le président du Mouvement Démocrate s'est étonné que ce rassemblement puisse être «polémique» au Parti socialiste. Selon lui, un seul un candidat issu d'un de ces partis peut affronter Nicolas Sarkozy à la présidentielle. «Il faut une alternative au pouvoir actuel. Cette alternative, elle doit être proposée et exprimée aux Français, et elle impliquera des rassemblements. C'est une idée si simple qu'on s'étonne que ça fasse l'objet de polémiques internes au PS», a t-il déclaré.

Leparisien.fr avec AFP

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