12.11.2008
A la veille du congrès de Reims, les rivaux de Ségolène Royal cherchent comment la contrer
LE MONDE | 12.11.08 | 14h11
Arithmétiquement majoritaires mais divisés, y compris au sein de leurs propres motions, Bertrand Delanoë, Martine Aubry et Benoît Hamon n'ont pas l'intention d'entamer le congrès avant l'heure. Pas question de dévoiler leur jeu. Aussi considèrent-ils avec circonspection la proposition qui leur est faite par Ségolène Royal, dont la motion est arrivée en tête lors du vote des adhérents du Parti socialiste le 6 novembre : travailler dès maintenant à la constitution de la majorité issue du congrès de Reims, qui se tiendra du 14 au 16 novembre.
Mardi 11 novembre, M. Delanoë a déclaré à l'AFP qu'il mettait "de côté toutes les questions de personnes pour ne parler que du fond". Le maire de Paris a rappelé ses exigences : il exclut l'alliance avec le centre, veut maintenir des cotisations "proportionnelles" au revenu des adhérents et refuse de voir le PS "qualifié de vieux parti". La "présidentialisation" du PS (allusion à l'éventuelle mise en place d'une direction à deux étages avec un premier secrétaire et un ou plusieurs premiers secrétaires délégués) représente un autre point "difficilement négociable".
Bravaches, les partisans de M. Delanoë assurent qu'ils pourraient se contenter de "peser 25 % dans les instances du parti". "Le PS peut très bien fonctionner sans synthèse", assure Francis Chouat, vice-président du conseil général de l'Essonne. Le député européen Harlem Désir dit rechercher "les moyens d'une majorité stable" mais souligne aussi que les "différences d'approche" avec Mme Royal " se confirment".
Sur son blog, Pierre Moscovici, strauss-kahnien qui avait rejoint le maire de Paris, "récuse un front anti-Royal". C'est à l'ex-candidate socialiste, souligne-t-il, qu'"il revient de tenter de construire la synthèse : cette responsabilité ne saurait lui être disputée, il faut même contribuer à la réussite du rassemblement". Il appelle les amis de Mme Royal qui sont "loin, très loin de la majorité" à "construire un accord en respectant les autres sensibilités". Entre les partisans de François Hollande ralliés à M. Delanoë et l'équipe de Mme Royal, les contacts se sont multipliés. Jean-Yves Le Drian, président du conseil régional de Bretagne, a déjà rejoint la motion Royal.
UNE "CONTRE-PROPOSITION AUBRY"
Si les alliés de M. Delanoë paraissent partagés, l'éventualité de mettre en échec la candidature de Mme Royal convient tout à fait aux amis de Mme Aubry. S'il fallait trouver une personnalité pour incarner une "anti-Ségolène", "Martine" serait, selon eux, la mieux placée. Encore faudrait-il pouvoir constituer un front uni avec les équipes du maire de Paris. Or la rude confrontation Aubry-Delanoë a laissé des traces.
Dans ce contexte, personne ne se hâte pour répondre aux sollicitations de Mme Royal. Les principaux leaders de la motion Aubry, qui avaient prévu de s'exprimer mercredi, se sont retrouvés la veille sur les terres de la maire de Lille ; "pour un déjeuner entre amis, et dans la bonne humeur", indique Mme Aubry. Ils assurent d'une même voix que la candidature de Mme Royal "ne change rien" aux données du problème car "l'important, c'est la ligne politique". Arnaud Montebourg, qui a réuni mardi soir son courant Rénover maintenant, représenté dans toutes les motions, joue explicitement la montre. "On attend, et quand on aura fini d'attendre, on décidera", dit-il. Le député de Saône-et-Loire préconise "une contre-proposition Aubry". Pour lui, "la présidentialisation accrue du parti nous mènerait droit dans le mur".
M. Hamon presse ses interlocuteurs de former une majorité contre Mme Royal qu'il avait, ces dernières semaines, plutôt épargnée. L'angle d'attaque du candidat de l'aile gauche du PS n'a pas varié : il faut s'opposer à une politique prônant l'alliance avec le MoDem. Le document de travail dans lequel les partisans de l'ancienne candidate à la présidentielle assurent vouloir "rassembler la gauche, toute la gauche" et "s'adresser seulement ensuite à toutes les forces susceptibles de se reconnaître dans le projet socialiste", ne lui fait ni chaud ni froid. "Pourquoi les croirais-je ?" interroge M. Hamon. "La ligne de Ségolène Royal est minoritaire, alors ayons l'audace de nous rassembler", lance-t-il.
17:57 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




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